Futuribles, n° 343, juillet 2008, pp. 41-60
DOI: 10.1051/futur:200834341
Effets démographiques de l'immigration étrangère. Éléments de comparaison européenne
Michèle TribalatPublié en ligne le 25 juin 2008
Résumé
L'Union européenne a adopté, en juillet 2007, un certain nombre de principes visant à harmoniser les statistiques européennes sur les flux migratoires. Malheureusement, de la théorie à la pratique, la route risque d'être longue, en raison des énormes différences existant entre les systèmes statistiques des États membres.
Michèle Tribalat montre ici, au travers de comparaisons effectuées entre divers pays européens (France, Pays-Bas, Suède, Danemark, Norvège), combien les méthodes et définitions utilisées pour mesurer les phénomènes migratoires, diffèrent et combien donc il est difficile d'effectuer de telles comparaisons, voire d'évaluer les effets démographiques de l'immigration étrangère.
Elle montre ainsi, dans un premier temps, que le solde migratoire tel qu'il est calculé en France n'est pas un bon indicateur et ne reflète pas les évolutions réelles. D'où l'intérêt d'aller plus loin en s'intéressant aux effets démographiques de l'immigration étrangère : apport de population direct mais aussi indirect (descendance) dans un pays. Et c'est sans conteste l'évaluation de cet apport qui risque de rendre très compliquée l'harmonisation statistique européenne : suivant les définitions retenues dans les différents pays étudiés, les générations peuvent être mélangées, la mobilité des nationaux non prise en compte (leurs enfants nés à l'étranger devenant d'origine étrangère !), le passé colonial omis, etc. Bref, pour mesurer efficacement et de manière similaire les phénomènes migratoires en Europe, il est impératif, avant toute chose, d'élaborer une définition précise de ce que l'on souhaite mesurer (et cet article offre un éclairage majeur en la matière), afin qu'ensuite les différents pays se donnent les moyens de la mesure (et là, la France aura fort à faire).
Abstract - Demographic Effects of Foreign Immigration. Toward a European Comparison
In July 2007, the European Union adopted a number of principles aimed at harmonizing European statistics on migration flows. Unfortunately, it is likely to take quite some time to put theory into practice in this area, given the enormous differences between the statistical systems of the member states.
By way of comparisons between various European countries (France, Netherlands, Sweden, Denmark and Norway), Michèle Tribalat shows here how much the methods and definitions used to measure migration phenomena differ, and hence how difficult it is to make such comparisons or, indeed, to evaluate the demographic effects of foreign immigration.
To begin with, she shows, for example, that "net migration change", as calculated in France, is not a reliable indicator and does not reflect actual developments. Hence the desirability of going further and examining the demographic effects of alien immigration, covering not only the direct contribution to the population of a country, but also the indirect (descendants). It is, without a doubt, the assessment of this contribution that is likely to make European statistical harmonization very complicated. The definitions employed in the various countries mean that some mix the generations, some take no account of the mobility of nationals (as a result of which their children born abroad become persons of foreign origin!), and some leave the colonial past out the reckoning etc. In short, if we are to measure migration phenomena in Europe effectively and on a comparable footing, it is imperative, above all, that we develop a precise definition of what we are aiming to measure (and this article sheds important light on this question), in order that the various countries may equip themselves with the proper means of measurement (France has a long way to go to do this).
Mots clés : Migration -- Union européenne
© futuribles Sarl 2008



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