DOI: 10.1051/futur:20053055
La fracture numérique en Europe. Les enjeux économiques et sociaux au regard d'une « Europe de la connaissance »
Patrick Cohendet et Lucy Stojak Résumé
Les années 1990 ont marqué l'avènement d'une nouvelle ère pour la plupart des sociétés développées. En effet, l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication a ouvert une période de changements très rapides qui ont bouleversé le quotidien des citoyens. Mais si ces évolutions sont éminemment porteuses de modernité et d'espoirs dans un grand nombre de domaines (communication, médecine, éducation...), elles ont leur revers : elles laissent un certain nombre de citoyens au bord de la route. Comme le montrent ici Patrick Cohendet et Lucy Stojak, la société de la connaissance a effectivement ses laissés-pour-compte en Europe et cette « fracture numérique » (ici essentiellement analysée à l'aune de l'usage d'Internet) pourrait bien s'aggraver si aucune mesure concrète n'est prise pour y remédier.
Les auteurs commencent par définir cette « fracture numérique », distinguant l'approche technologique (essentiellement quantitative) de l'approche socio-économique (tenant compte non seulement de l'aspect quantitatif mais aussi d'éléments qualitatifs telles les capacités d'utilisation des technologies) qui a leur préférence. Ils présentent ensuite une typologie des utilisateurs (ou non) d'Internet, montrant les inégalités sociales, géographiques, liées à l'âge..., en ce domaine.
Comme le soulignent les auteurs, réduire la fracture numérique est indispensable pour l'avenir de l'Europe vu son objectif de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde (sic) ; c'est essentiel pour éviter que ne s'élargisse le fossé entre anciens et nouveaux membres de l'Union, et plus généralement entre zones densément peuplées et territoires enclavés ; et c'est une donnée fondamentale dans le contexte du vieillissement démographique (les personnes âgées comptant pour beaucoup parmi les exclus du numérique). Par ailleurs, on voit bien en l'espèce que point ne suffit d'avoir les infrastructures d'accès à la foule d'informations circulant sur Internet ; encore faut-il être en mesure de trier ces informations, de les comprendre et de les assimiler : autrement dit, l'avènement d'une véritable société de la connaissance exige un réel effort de formation et d'éducation de la population.
Enfin, cet article propose une série de mesures politiques visant à réduire cette fracture, en tête desquelles l'aménagement numérique du territoire européen et la mise en place d'un service universel d'accès à l'Internet haut débit (à l'instar de ce qui s'est pratiqué par le passé pour la téléphonie).
Abstract - The Digital Divide in Europe. The Economic and Social Issues Related to "Knowledge-based Europe"
The 1990s saw the arrival of a new era for most industrialized countries. The rise of new information and communications technologies meant the start of a period of very rapid changes that completely transformed the daily life of ordinary people. But while these developments brought with them actual progress and hopes of further advances in many fields (e.g. communications, medicine, education), they also had the effect of leaving some people behind. As Patrick Cohendet and Lucy Stojak argue here, the knowledge-based society has indeed marginalized some groups in Europe, and this "digital divide" (here measured mainly in terms of use of the Internet) could well become more serious if nothing is done to improve matters.
The authors begin by defining what is meant by "digital divide", distinguishing technological (basically quantitative) considerations from a socio-economic approach (taking account of qualitative aspects, such as the ability to use technologies, as well as quantitative ones), which is the one they prefer. They then present a typology of users (and non-users) of the Internet, showing the inequalities linked to social class, geography, age, etc.
As the authors emphasize, it is essential to narrow this divide if the European Union in future is to achieve its aim of becoming "the most competitive knowledge-based economy in the world"; this must be done in order to prevent a widening of the gap between the older and newer members of the EU, and more generally between densely populated regions and isolated areas; and it is an important consideration given an ageing population, as older people tend to be less computer-literate. Moreover, it is all too clear that simply having the infrastructures for access to the mass of information available via the Internet is not enough; people must also be able to sort out this information, then understand and assimilate it. In other words, for a truly knowledge-based society to develop there needs to be a genuine effort to educate the public.
Lastly, the article proposes a series of policy measures geared to narrowing the divide, starting by installing the necessary digital infrastructures across the whole of Europe and providing universal broadband access to the Internet, just like access to the telephone in the past.
Mots clés : Technologie de l'information -- Internet -- Union européenne -- Inégalité sociale
© futuribles Sarl 2005


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