DOI: 10.1051/futur:20073345
L'empreinte écologique : un indicateur ambigu
Frédéric Paul Piguet, Isabelle Blanc, Tourane Corbiere-Nicollier et Suren Erkman Résumé
Célèbre est devenu le concept d'empreinte écologique qui se présente comme un indicateur composite supposé nous renseigner sur l'espace utilisé par les hommes pour produire les ressources qu'ils consomment et les déchets qu'ils rejettent, le mettre en regard de la capacité écologique de la planète (la biocapacité), donc le revenu écologique à disposition des hommes. Lorsque l'empreinte écologique excède la biodiversité, cela signifie que la planète est en danger. Le succès de cet indicateur élaboré par le Global Footprint Network (GFN) tient sans doute aux conclusions sensationnelles qui se dégagent des calculs effectués : par exemple, la propagation à la planète du mode de vie nord-américain exigerait à elle seule cinq planètes...
Il est donc important de comprendre comment a été élaboré cet indicateur, quelle est sa fiabilité et quels enseignements peuvent en être tirés en vue de l'adoption d'une politique de développement durable. Tel est le premier objectif de cet article qui en explique la philosophie, montre comment est conçu cet indicateur et comment sont opérés les calculs.
Mais les auteurs ne s'arrêtent pas là. Ils rappellent certaines impasses faites consciemment par le GFN, puis les critiques déjà adressées à cet indicateur qui, précisément en raison de son caractère composite, agrège des données hétérogènes et procède à des calculs et des pondérations sujets à caution dont les enseignements sont donc contestables - par exemple lorsqu'il suggère que certains pays auraient intérêt à remplacer leurs forêts pour accroître les surfaces cultivables, alors même que l'espace bâti (amputant lui aussi des terres arables) n'est absolument pas remis en question.
Au-delà même de ces réserves, les auteurs prolongent et approfondissent la critique de l'empreinte écologique. Ainsi soulignent-ils, par exemple, que l'empreinte carbone compte pour la moitié de l'empreinte totale et que, si on se contentait de mesurer celle-ci en quantité physique plutôt qu'en usant d'un artefact (l'hectare global), le calcul serait sans doute plus robuste et les conclusions non moins alarmistes puisqu'il faudrait cette fois 11 planètes si d'aventure le mode de vie nord-américain devait s'étendre au monde entier.
Même s'il peut paraître parfois un peu ardu, cet article est à lire absolument car ses auteurs y mettent en évidence un certain nombre de problèmes majeurs que nul ne saurait ignorer.
Abstract - How Reliable an Indicator Is the Ecological Footprint?
The concept of the ecological footprint has become well known as a composite indicator that is supposed to inform us about the space that human beings occupy in order to produce the resources they consume and the waste they create; this is then set against the ecological capacity of the Earth (its biocapacity), and hence one can work out the environmental income that humanity has at its disposal. When the ecological footprint exceeds the biodiversity it means that the planet is in danger. The success of this indicator, which was developed by the Global Footprint Network (GFN), undoubtedly lies in the sensational conclusions that emerge from the calculations: for instance, if the North American lifestyle were to spread around the world, that alone would require the resources of five Earths...
It is therefore very important to understand how this indicator was developed, how reliable it is and what lessons can be drawn from it in the light of designing a policy of sustainable development. Such is the primary aim of this article, which explains the philosophy behind the indicator, shows how it is designed and how the calculations are worked out.
But the authors do not stop there. They discuss various dead-ends that GFN reached deliberately, and the criticisms already made of the indicator, which - precisely because of its composite nature - aggregates disparate data and the proceeds to make calculations involving somewhat risky weightings. The resulting conclusions are then open to challenge, for example when it is suggested that some countries should cut down their forests in order to increase the area for growing crops, whereas the increase of built-up areas (which also encroach on land under cultivation) is not questioned at all.
Over and above these reservations, the authors make further and more detailed criticisms of the ecological footprint. They stress, for instance, that the carbon footprint accounts for half of the total footprint, and if the latter were calculated relying only on physical quantities rather than using an artefact (the global hectare), the calculation would probably be more robust and yet the conclusions would be no less worrying, since the result would show that the spread of the North American lifestyle to the whole world would require eleven Earths, not five.
Even if this article does not always make for easy reading, it is an absolute must because the authors highlight certain very important problems that nobody should ignore.
Mots clés : Environnement -- Indicateurs
© futuribles Sarl 2007


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