DOI: 10.1051/futur/200935575
La planète au pillage (1948)
Henry Fairfield Osbon JrPublié en ligne le 25 août 2009
Résumé
Le livre dont est extrait cet article a été publié en 1948, alors que le monde pansait encore les plaies de la Seconde Guerre mondiale. Albert Einstein en fit ce commentaire : « On sent d'une façon aiguë, en le lisant, la futilité de la plupart nos querelles politiques comparées avec les réalités profondes de la vie. » L'auteur, Fairfield Osborn Jr, est le fils d'un grand paléontologue américain auquel on doit, en particulier, la découverte du Tyrannosaurus rex et celle du Velociraptor. Il fut lui-même un naturaliste éminent qui présida la New York Zoological Society - devenue, sous le nom de Wildlife Conservation Society, une importante organisation non gouvernementale qui se consacre à la protection de la nature.
Cet ouvrage - traduit et publié en français par les éditions Payot dès 1949, réédité par Actes Sud en 2008 - témoigne d'une prise de conscience du problème global que pose la cohabitation de l'homme avec les formes de vie qui peuplent la planète. Il précède de 14 ans le célèbre « printemps silencieux » de Rachel Carson.
À la différence de la plupart des auteurs contemporains, Osborn place en première ligne le phénomène démographique, la pullulation de ceux qu'il appelle les « enfants de la Terre ». Il pose ensuite le problème de la guerre, relevant qu'elle est le propre de l'homme - sauf à descendre à ce qu'il appelle « des formes inférieures de la vie animale » comme les fourmis. Il condamne l'idée que - toute dimension éthique mise de côté - la guerre puisse être un outil de régulation de la démographie mondiale. Le terme qu'il utilise pour caractériser l'action de l'homme, « une nouvelle force géologique », annonce le néologisme proposé par Paul Crutzen pour caractériser notre ère : l'anthropocène.
Naturellement, certains éléments du tableau lui échappent, soit que leur importance ne soit pas encore reconnue, comme l'altération du climat par les gaz à effet de serre, soit que leur proximité ne soit pas encore menaçante, comme l'épuisement des réserves pétrolières. Mais d'autres sont identifiés avec lucidité : la mondialisation qui n'avait encore atteint l'intensité que nous lui connaissons aujourd'hui et qui rend chaque nation « plus ou moins dépendante de toutes les autres » ; les problèmes de ressources alimentaires qui nous confrontent aux limites des terres productrices, car l'homme ne se nourrit que du vivant.
Aussi en arrive-t-il à la conclusion que la technique, quels que soient ses progrès, ne nous évitera pas la nécessité d'une profonde transformation de nos comportements collectifs, qui conduise à un équilibre durable avec la nature.
Extrait de La Planète au pillage (Arles : Actes Sud [Babel n° 931], 2008, 240 p. / Paris : Payot, 1949), traduction française de Our Plundered Planet. Boston : Little Brown, 1948.
Abstract - Our Plundered Planet (1948)
The book from which this article is taken was published in 1948 (Boston: Little Brown), when the world was still binding the wounds of the Second World War. Albert Einstein commented that, “reading it, one feels very keenly how futile most of our political quarrels are compared with the base realities of life.” The author, Fairfield Osborn Jr., was the son of a great American palaeontologist and was himself an eminent naturalist and president of the New York Zoological Society, which, changing its name to the Wildlife Conservation Society, became an important non-governmental organization for nature conservancy.
The work displays an awareness of the general problem posed by mankind's cohabitation with the other forms of life that populate the planet. It pre-dates Rachel Carson's famous Silent Spring by 14 years.
Unlike most contemporary authors, Osborn foregrounds the demographic phenomenon, the teeming upon the planet of those he calls “the children of the Earth”. He then raises the problem of war, noting that it is what characterizes humanity, if it is not to descend to what he calls “the inferior forms of animal life” such as ants, but he condemns the idea - all ethical considerations apart - that war could be a tool for regulating world population. In characterizing human action as “a new geological force”, he anticipates the neologism proposed by Paul Crutzen to characterize our age: the “anthropocene”.
Some parts of the present picture are, of course, absent from his account, either because their importance was not then recognized, such as greenhouse-gas-induced climate change, or because the threat they represented was as yet too distant, such as the exhaustion of oil reserves. But others are lucidly identified, such as globalization, which had not yet reached the intensity that it has today, and which makes every nation “more or less dependent on every other”, and the problems of food resources, which bring us up against the limits of productive land, for man feeds only on living matter.
As a result, he comes to the conclusion that, whatever progress is achieved, technology will not avert the need for a thoroughgoing transformation of our collective behaviour, in order to achieve a sustainable balance with nature.
Mots clés : Capitalisme -- Relations internationales -- Développement durable
© futuribles Sarl 2009


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