DOI: 10.1051/futur/3595
Les civilisations sont-elles mortelles ?
Nicole MorganPublié en ligne le 24 décembre 2009
Résumé
« Nous autres, civilisations, lançait Paul Valery au début du XXe siècle, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Le coup fut douloureux pour la pensée occidentale, déjà ébranlée, à la fin du XIXe siècle, par l'annonce nietzschéenne de la mort consommée de Dieu. Ainsi, ceux qui ne croyaient plus aux arrière-mondes religieux éternels devaient s'habituer à vivre sans l'espoir d'une raison transcendantale immortelle, énoncée par les Lumières. À cette angoisse de la finitude, s'ajoute aujourd'hui, souligne Nicole Morgan dans cet article, des prises de conscience éprouvantes : la perte de la suprématie de la civilisation occidentale, l'extinction de cultures locales et surtout « la mort, que l'on dit probable à moyen terme, de l'humanité, précipitée par son impossibilité de gérer raisonnablement ses ressources et de maîtriser ses techniques ». L'espoir, s'il y en a un, avance l'auteur, se trouve aujourd'hui dans une écologie des savoirs et une civilisation mondiale unique dont les valeurs commencent à se dessiner. Des valeurs toutefois si étrangères à l'humanité, précise-t-elle, qu'elles remettent en question la « stabilité de l'Homo sapiens ».
Abstract - Are Civilizations Mortal?
“We civilizations, announced Paul Valéry in the early years of the twentieth century, now know ourselves to be mortal.” It was a painful blow for Western thought, which had already been rocked at the end of the nineteenth century by Nietzsche's declaration that God was dead. Those who no longer believed in eternal religious after-worlds also had to get used to living without hope in an immortal, transcendental Reason, as enunciated by the Enlightenment. To this anxiety of finitude, writes Nicole Morgan, some other trying realizations have now been added: Western civilization's loss of supremacy, the extinction of local cultures and, above all, “the death of humanity, now seen as likely in the medium term — an event hastened by its inability to manage its resources rationally and to control its technologies”. Today, she argues, hope — if there is any — lies in an ecology of (practical) knowledge and in a single global civilization whose values are just beginning to emerge. Yet, as Morgan points out, they are values so alien to humanity as to pose a challenge to the 'stability of homo sapiens.'
Mots clés : Civilisation
© futuribles Sarl 2010


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