Payer pour les forêts tropicales ? Vers un régime international des forêts fondé sur leur conservation rémunérée
Paying for the Tropical Rainforests? The Prospects for an International Forests Regime based on their Remunerated Conservation
Alain Karsenty
La couverture forestière de la Terre, de cinq milliards d'hectares au début du XXe siècle, représente aujourd'hui moins de quatre milliards d'hectares. Depuis les années 1990, 13 millions d'hectares de forêts tropicales disparaissent chaque année dans le monde, ce qui constitue un recul de 3 % de cet écosystème tous les 10 ans. La déforestation — dont les causes (économiques, agricoles, démographiques, culturelles) sont multiples, rappelle ici Alain Karsenty — a de lourdes conséquences au niveau tant local que mondial. Elle met en péril la biodiversité, détruit les sols et les rend improductifs, affecte le cycle de l'eau. De plus, elle demeure l'un des principaux facteurs du réchauffement climatique ; la végétation et les sols des forêts stockant des quantités importantes de carbone, leur destruction constitue une source majeure d'émission de CO2. En vue de limiter la perte et la dégradation de cet écosystème, les politiques de conservation et de lutte contre la déforestation se succèdent depuis les années 1980. Mais leurs résultats restent mitigés, note Alain Karsenty. Dans ce contexte, l'auteur, après une description de ces différentes politiques, concertées au niveau mondial, et des raisons de leur manque d'efficacité, évoque la perspective d'un nouveau régime international, « organisé autour du principe de la conservation rémunérée des forêts tropicales » et dans lequel la crédibilité des États sera déterminante. Un régime fondamentalement différent, souligne-t-il, « du fait que son centre de gravité n'est plus dans les politiques forestières, mais bien dans les politiques qui affectent les forêts ».
Abstract
The forested surface of the Earth, which was estimated at 5 billion hectares at the beginning of the twentieth century now stands at less than 4 billion. Since the 1990s, 13 million hectares of tropical rainforest have disappeared every year throughout the world, which represents a reduction of 3 % per decade. As Alain Karsenty reminds us here, deforestation, which has many and varied (economic, agricultural, demographic and cultural) causes, has serious consequences at both the local and the global levels. It endangers biodiversity, destroys soils and renders them infertile, affects the water-cycle and remains one of the main factors of global warming. Since forest soils and vegetation store significant quantities of carbon, their destruction represents a major source of CO2 emissions. Successive policies have been implemented for conserving the forests and combatting deforestation since the 1980s, in an attempt to limit the loss of this ecosystem and damage to it. The outcomes, notes Alain Karsenty, have not been particularly successful. In this context, after describing these various global-level policies and the reasons for their lack of effectiveness, he raises the prospect of a new international regime “organized around the principle of the remunerated conservation of the tropical rainforests”, in which the credibility of states will be the crucial component. This is, he stresses, a fundamentally different regime, “insofar as its centre of gravity no longer lies in forest-management policies, but in the policies affecting the forests”.
Mots clés : Forêts / Coopération internationale / Relations internationales
© futuribles Sarl, 2010


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