Le retour à l'industrie. Quand l'Europe se réveillera
The Return to Industry: When Europe Awakes
André-Yves Portnoff
Le fondateur du groupe électronique taïwanais Acer vient d'annoncer aux constructeurs américains de micro-ordinateurs qu'ils disparaîtraient d'ici 20 ans. Il s'appuie assurément sur de nombreux et fâcheux précédents : la pratique, hélas fort répandue aux États-Unis mais aussi en Europe, de l'outsourcing et de la délocalisation vers les pays émergents à bas salaires des activités de production industrielle. Une pratique trop fréquente, affirme André-Yves Portnoff, dans les vieux pays occidentaux qui croient pouvoir conserver les tâches les plus « nobles » de recherche et d'innovation et se décharger des fonctions plus frustes de fabrication. André-Yves Portnoff dénonce ici cette illusion et montre combien une telle stratégie est à terme suicidaire, aussi bien sur un plan économique que social (et d'emplois notamment), car on ne peut — affirme t-il — dissocier ainsi durablement des fonctions qui constituent un système cohérent, sauf à tuer en définitive nos propres capacités d'innovation. Ayant ainsi dressé le constat affligeant de la pratique qui s'est répandue, il explique qu'elle résulte d'une incompréhension totale de ce que « économie de la connaissance » (qu'il préfère décrire comme une révolution de l'intelligence et la montée en puissance des facteurs immatériels) signifie. L'auteur, s'appuyant sur de nombreux exemples, montre finalement que la renaissance de l'Europe est possible et que la clef du succès passe par… le retour à l'industrie. Une industrie qui ne soit point asservie aux caprices d'actionnaires uniquement préoccupés de profits financiers immédiats, mais faisant preuve de la patience nécessaire à un renouveau industriel fondé sur l'intelligence et la volonté collectives de tous les acteurs de l'entreprise et de ses parties prenantes.
Abstract
The founder of the Taiwanese Acer electronics corporation has just told American microcomputer builders that they will disappear within the next 20 years. He is undoubtedly basing his argument on numerous regrettable precedents and particularly on the practice, sadly widespread in the United States and also in Europe, of outsourcing and relocating industrial production to emerging low-wage economies. This is a practice that is too common, asserts André-Yves Portnoff, in the old Western countries, which believe they can retain the “nobler” tasks of research and innovation for themselves while offloading the more low-level functions of manufacture to others. André-Yves Portnoff condemns this illusion here and shows how such a strategy is ultimately suicidal, both at the economic and the social levels (particularly with regard to jobs), since we cannot on a long-term basis divide up functions that form a coherent system without killing off our own capacities for innovation. Having outlined the grievous effects of this widespread practice, he explains that it is a product of a total lack of understanding of what a “knowledge economy” means (though he himself prefers to speak of a “revolution of intelligence” and a “rise of immaterial factors”). Basing his argument on numerous examples, Portnoff shows lastly that a rebirth of Europe is possible and that the key to success is… a return to industry, but an industry not in any sense in thrall to the whims of shareholders solely preoccupied with immediate financial returns, but supported by investors with the patience required for an industrial revival based on the intelligence and collective resolve of all those within the company and its stakeholders.
Mots clés : Industrie / Innovations / Entreprises
© futuribles Sarl, 2010


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