Italie, un pouvoir corrompu
Italy, a Corrupt Power
Arles Arloff
Le 12 novembre 2011 restera dans les mémoires de nombreux Italiens qui n’en finissaient plus d’attendre la fin de l’ère Berlusconi. Ce jour-là, il Cavaliere s’est résigné à démissionner des fonctions de président du Conseil italien qu’il occupait depuis près de 10 ans (marqués d’une brève interruption), en dépit de scandales politico-financiers ou de mœurs à répétition. Mais le départ du pouvoir de Silvio Berlusconi, s’il constitue un signe encourageant pour la démocratie, est loin d’être un gage de retour à la vertu pour les institutions de ce pays. En effet, comme le montre ici Arles Arloff, la corruption et la collusion du pouvoir politique avec la mafia ne sont pas des phénomènes récents, apparus avec la montée en puissance de Silvio Berlusconi, mais remontent à plusieurs siècles et sont profondément ancrées dans le système politique national. S’appuyant sur une très riche bibliographie de journalistes et auteurs italiens spécialistes de la question, ainsi que sur le témoignage du « dernier des juges » (entendre ici l’un des derniers juges antimafia et anticorruption ayant échappé à l’élimination physique par assassinat pur et simple), le procureur Roberto Scarpinato, Arles Arloff rappelle comment, dès son origine, la mafia s’est construite sur la corruption du pouvoir politique. Elle montre aussi à quel point ces pratiques de corruption sont finalement acceptées et jugées presque normales dans ce pays. Malgré les actions menées dans les années 1983-1992, qui ont pu laisser espérer un grand nettoyage des institutions italiennes et le retour d’un pouvoir « propre », l’Italie demeure sous le contrôle d’une bourgeoisie mafieuse (mafia « haute » : notables politiques, financiers…) liée à la mafia « basse » (ou militaire), dans une ambiance d’omerta qui rapproche de plus en plus ce pays de certaines dictatures sud-américaines de sombre mémoire. Et s’il subsiste quelques poches de résistance à ce système, elles risquent de ne pas résister longtemps sans le ralliement d’une large partie des citoyens — mais ceux-ci accepteront-ils de risquer leur vie pour une Italie propre ?
Abstract
12 November 2011 will remain a significant date for many Italians who were impatient for the end of the Berlusconi era. On that day, il Cavaliere finally resigned himself to the idea of leaving the office of Italian prime minister that he had held for almost 10 years (with one brief interruption), despite repeated political/financial and sex scandals. However, though it represents an encouraging sign for democracy, Silvio Berlusconi’s departure by no means provides Italy’s institutions with a clean bill of health. As Arles Arloff shows here, corruption and collusion between ruling politicians and the mafia are not recent phenomena that came on the scene with the rise of Berlusconi. They go back several centuries and are deeply rooted in the national political system. Drawing on the copious writings of Italian journalists and authors specializing in this question – and on the testimony of the “last of the judges” (that is to say, one of the last anti-mafia, anti-corruption judges to have escaped physical elimination by outright assassination), namely the public prosecutor Roberto Scarpinato – Arles Arloff reminds us how the mafia was built, from its earliest days, on the corruption of political power. She also shows the extent to which these corrupt practices came to be accepted and regarded almost as normal in that country. Despite the actions taken from 1983 to 1992, which aroused hopes of a massive clear-out of Italian institutions and the return to a “clean” government, Italy remains in the control of “notables”, politicians and other dignitaries closely linked to the mafia (the so-called alta mafia) amid a prevailing code of silence, all of which increasingly makes the country resemble certain former, unlamented South American dictatorships. And if pockets of resistance to that system remain, the danger is that they will not resist for long without support from a broad section of the population. But will those people be willing to risk their lives for the sake of a clean Italy?
Mots clés : État / Pouvoir politique / Système judiciaire / Corruption / Criminalité / Italie
© futuribles Sarl, 2011


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